Archive for novembre, 2008

Une rencontre de groupes féministes « nature » ce week-end

jeudi, novembre 27th, 2008

Je relaie, pour ceux que cela intéresse (et c’est, indubitablement, passionnant, même si je n’aurai hélas pas la chance de pouvoir y assister).

Programme de la première rencontre
Corps, écologie, société.
Savoirs intimes et pratiques conviviales

Samedi 29 et dimanche 30 novembre 2008
Ferme de La Batailleuse, Rochejean (25)

Présentation générale
Nous sommes un collectif naissant d’individus dont certains membres des
associations Echo, Herbozamis, CLAJ-La Batailleuse, La Tisanerie l’Atelier
des Sens ou encore Trace Ta Route Gamin. Constatant les difficultés de
réapropriation et de transmission des pratiques liées à nos corps
aujourd’hui, il nous a semblé important de nous réunir autour d’un ensemble
de thématiques liées à la sexualité, la gynécologie, la naissance, la
contraception, l’avortement, la santé, la communication, etc., et les
pratiques alternatives qui y sont liées. Sachant que des groupes existent
déjà, et que la réflexion autour de ces thèmes n’est pas neuve, l’idée de
départ est avant tout de nous rapprocher, d’échanger nos pratiques et nos
moyens d’actions ou encore de libérer la parole autour de sujets encore
souvent tabous. Cette rencontre pourra être le moment de prendre acte des
transformations sociales qui ont eu lieu depuis les années 70 autour de ces
questions, et, nous l’espérons, de susciter le rapprochement entre les
réseaux.

Nous ne sommes financé-e-s par aucune aide ou subvention, et avons choisi le
prix libre comme mode de fonctionnement pour rendre ce week-end accessible
en permettant à chacun-e de donner selon ses moyens, tout en couvrant les
frais engagés (restauration, location du lieu, défraiements, …).
Vous trouverez à la fin du programme les modalités d’inscription et les
informations pratiques.

13:30 – Ouverture du week-end par les organisatrices et présentation des
discussions, films et ateliers.

Sur la naissance :
14:00 – Présentation des doulas, l’accompagnement non médical autour de la
naissance, Association Doulas de France.
15:00 – Discussion autour de l’accouchement à la maison, Proposé par Doulas
et Manue.

Sur la contraception et l’avortement :
14:00 – Les contraceptions naturelles, comment choisir ? Présenté par Claire
Michelin, sage-femme.
15:30 – Une méthode de contraception : la méthode combinée, présentée par
Leila.
16:30 – Discussion et partage d’expériences autour des plantes liées à la
contraception et l’avortement. Quelle(s) perspective( s) pour l’avortement
aujourd’hui ? Proposé par Elise.

Ateliers pratiques et film :
14:00 – Fleurs de Bach : découverte des élixirs floraux, dont ceux les plus
en lien avec la féminité, Corinne Richier (atelier de 45 mn, limité à 10
personnes et renouvelable dans l’après-midi) .
15:30 – Projection du Film L’embarras du choix (sur le choix de devenir mère
ou non), suivi d’une discussion.

Soirée en soutien à l’organisation du week-end :
(salle des fêtes de Rochejean)
17:30 – Ouverture de la buvette avec et sans alcool.
18:00 – Pièce de théâtre Les Monologues du vagin de Eve Ensler. présentation
d’extraits par Anne, Marie et Pascale.
19:00 – Apéro concert avec Marie-Charles (chanson française).
A partir de 20:00 – Repas.
22:00 – Début des concerts : Lala Bolduc (chansons intimes et engagées), Le
Réparateur (rock-punk) (sous réserve).
Dimanche 30 novembre
Sur l’enfance :
9:30 – L’importance du langage du corps dans la relation de confiance entre
êtres – la proposition du signe aux jeunes enfants, présentée par Marie.
11:00 – Les besoins des enfants confrontés aux ressources et aux aspirations
de leur entourage, présenté Fleur Mathet-Jolly.

Sur la communication :
9:30 – Discussion sur « Sensualité, tendresse, sexualité, plaisir », animée
par Yves et Fleur Mathet-Jolly.
11:00 – Cercle de parole Homme animé par Julien et Cercle de parole Femme
animé par Caroline.
11:45 – Discussion des deux groupes ensemble.

Atelier pratique et film :
9:30 – Atelier fabrication cosmétique (en groupe restreint). Une
participation de 7 euros est demandée afin de pouvoir repartir avec une
préparation. Durée : 2 h. Animé par Suzon.
10:00 – Projection du film Regarde elle a les yeux grands ouverts, suivi
d’une discussion avec la présence du FRASC, Féministes pour la
Réappropriation de l’Avortement, des Sexualités et de la Contraception.
12:30 – Repas.

Sur la communication (suite) :
14:00 – Atelier « Ecoute expression de soi, créativité : c’est bon pour la
santé ! » Présenté par Fleur Mathet-Jolly.

Sur les violences plurielles :
15:00 – Discussion sur « Vulnérabilités et violences ordinaires », animée
par Yves et Fleur Mathet-Jolly.

Sur la gynécologie :
14:00 – Quelques affections gynécologiques et leurs remèdes naturopathes,
présenté par Leila.
15:00 – Menstruation et gynécologie pratique, Association Echo, Noémie et
Annaïg.

Atelier pratique et film sur la gynécologie :
14:00 – Projection du film Le clitoris ce cher inconnu, suivi d’une
discussion.
15:00 – Atelier d’auto-observation du col de l’utérus : limité à 10
personnes dans une petite salle intime, animé par Leila et Elise. Durée : 1
h.
16:15 – Bilan, perspective.
17:00 – Fin de la rencontre.

Autres animations sur le week-end :
– Tables de presse : Passerelle Eco, Echo, Trace ta route gamin et toutEs
celles et ceux qui souhaitent apporter des documents.
– Stand de la Tisanerie.
– Espace jeux pour petits et grands.

Comment s’inscrire ?
Pour s’inscrire, il vous faut remplir la fiche d’inscription ci-dessous et
la renvoyer à l’adresse suivante : corps-ecologie- societe@laposte. net ou à
Association Echo, 9 la Croix Chaumet, 71420 Ciry-le-noble. Vous pouvez
également nous joindre à l’association Echo par téléphone au 03 85 79 18
59.

Nom et prénom : ……..
Adresse : ………… ……… ……… ……… ……… ……
Participe à la journée du samedi : oui non (rayer la mauvaise mention)
Du dimanche : oui non
Prend les repas du samedi soir : oui non
Du dimanche midi : oui non
Participe à la hauteur de : ……… euros

Toute la rencontre est organisée sur le principe du prix libre afin de
permettre à tout le monde de venir (entrée, repas, concerts, sauf l’alcool
qui sera à prix fixe). Cependant cette rencontre a un coût, et il est
important pour nous de pouvoir rentrer dans nos frais, dans la perspective
éventuelle de renouveler l’expérience.
NB : notre budget pour l’organisation est de 2500 euros.

Informations pratiques
Concernant l’hébergement, La Batailleuse fait camping à la ferme (seulement
pour des tentes) et il y a un parking pouvant accueillir les véhicules (pour
celles ou ceux qui dorment dedans). Vous pouvez encore contacter l’office du
tourisme de Rochejean si vous cherchez à retenir une chambre dans la région.
Des repas seront assurés sur-place pour le samedi soir, le dimanche matin et
le dimanche midi ; ils seront à prix libre. Tous les repas seront
végétariens.

Version PDF :
http://stevealbini. free.fr/programm e-papier. pdf

Contact :
Fleur fleurmathet@ yahoo.fr

Une superbe réponse à l’article infâmant de Marianne

jeudi, novembre 27th, 2008

Lettre envoyée par Amélie Piégay à Isabelle Saporta, extraite du site http://planeteco.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2008/11/23/ecologie-et-feminisme-a-lille.html

« Accouchement à la maison, allaitement long, couches lavables, la liste est longue et vous horrifie. Elle décrit pourtant mon quotidien et me range donc dans la case de ces femmes que l’écologie « renvoie à la maison »… Méchante écologie phallique qui opprime les femmes du XXIe siècle ! Devant une telle caricature, je me sens contrainte de vous répondre.

Repenser le monde du travail et de l’agro-alimentaire

Je ne comprends pas votre cheminement. Vous listez les scandales sanitaires avec justesse, mais la seule conclusion que vous en tirez, c’est qu’ils vont sonner « le glas de la libération de la femme » et que Nicolas Sarkozy a raison de vanter les couches jetables ! De la même manière vous décrivez les difficultés pour les mères (mais ce n’est pas nouveau !) de retourner au travail après un, deux, trois enfants, et vous incriminez l’écologie. Pas un instant vous n’envisagez que ce soit le monde de l’agro-alimentaire et du travail qui soient à repenser.

Mère contre enfant, père zappé

Vous opposez le bien de l’enfant et le bien de la mère. Vous déniez tout rôle au père et vous évitez de trouver une solution qui permette de concilier les deux. Une main sur un œil, vous semblez ne voir le monde que de l’autre, comme s’il était coupé en deux moitiés strictement inconciliables : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Pour vous, la « tyrannie verte » ne concerne que les femmes et vous zappez totalement le rôle des hommes (tyrans ? absents ?). Bien sûr c’est la femme qui donne le sein, mais ne me dites pas que vous ne connaissez aucun couple biberonnant où l’homme continue de ronfler pendant que la femme se lève pour préparer le bib’ ! Quant aux couches lavables, je vous signale que l’on a inventé la machine à laver il y a un certain temps déjà.

Vous parlez de la quête éperdue d’une vie 100 % bio et là, vous avez raison, ça n’existe pas. Il s’agit à l’échelle globale de la planète de faire pencher la balance du côté d’une vie plus saine. Mais pourquoi parlez-vous sans cesse des mamans ? Je connais des centaines de papas qui ne sont pas tous chez les Verts et qui sont les premiers à s’inquiéter et à se proposer pour offrir une vie plus saine à leurs enfants. Vous citez des chiffres sur la répartition des tâches ménagères… qui ne sont pas le reflet du peuple écolo où les compagnons des soi-disant femmes des cavernes sont au contraire particulièrement présents.

La modernité ne peut faire l’impasse sur l’humain

Je me demande dans quel cerveau a pu naître l’idée que l’allaitement était une « aliénation totale » ! Pas un instant vous ne vous demandez si la mère peut y trouver du plaisir. Nous ne sommes pas des vaches qu’on trait, nous donnons un peu de nous-mêmes et nous recevons en échange. La modernité qui semble pour vous n’exister que par l’industrie (machines, aliments artificiels, etc.), ne peut de mon point de vue faire l’impasse sur l’humain. L’allaitement n’est pas une aliénation, c’est un lien au contraire. Un parmi d’autres. A chaque couple (et j’insiste sur le fait que c’est une décision qui se prend à deux) de faire son choix.

Vous citez des phrases excessives et caricaturales pro-allaitement, mais j’en ai tout autant entendu dans l’autre sens. Il n’y a aucun intérêt à dresser d’un côté des féministes de la première heure qui feraient passer leur émancipation avant leurs enfants, et de l’autre des écolos arriérées qui s’abîmeraient dans les couches. Quant à la liberté féminine dont parle Elisabeth Badinter, si elle ne passe que par des petits pots et des couches jetables, c’est une bien piètre liberté.

Sur l’accouchement à la maison vous enfoncez le clou en mettant en exergue un fait divers dramatique sans penser que l’hôpital aussi est responsable de cas tout aussi tragiques (et rares heureusement) de décès de la mère ou de l’enfant. Les femmes qui accouchent à la maison ne souhaitent pas la douleur et n’y voient aucune dimension biblique. Pour moi, la douleur était le dommage collatéral d’un meilleur respect… de moi en tant que femme. Pour moi, être ligotée dans la position la moins efficace avec des tuyaux partout était une négation de ma féminité et de mon statut d’être humain. Je ne veux imposer ce ressenti à personne, je veux que cela puisse être mon choix comme dans d’autres pays d’Europe.

Bref notre prétendu retour à l’âge de pierre se fait tout de même avec des machines à laver, des machines à pain, des sages femmes équipées de monitoring tout à fait modernes, des épilateurs (si, si !) et des ordinateurs reliés à internet…

Nous, aujourd’hui, nous savons

Vous dites que nous allons le payer cher ? Ce ton comminatoire semble oublier un petit détail… ce que nous payons cher aujourd’hui, c’est votre émancipation. Car c’est au prix de votre liberté puis de la nôtre, hors de question de le renier, que nous avons hérité d’une planète dévastée, polluée par des couches jetables, des meubles à bas prix et des aliments dénaturés qui vous ont permis de quitter les fourneaux auxquels des générations d’hommes (et de femmes) vous avaient assignées. Attention, je ne critique pas votre combat, comment le pourrais-je, car d’une part c’est grâce à vous aujourd’hui que je vote, que je travaille, que j’ai mon compte bancaire, etc. et que d’autre part vous ne saviez pas. Vous avez fait confiance à l’industrie, à l’agro-alimentaire qui vous serinaient d’aller travailler l’esprit tranquille puisque les produits inventés pour vous soulager des corvées étaient d’une totale innocuité. Vous ne saviez pas… mais nous, aujourd’hui, nous savons. Bien sûr qu’il y a un retour de bâton, bien sûr qu’il est excessif. Il faudra un peu de temps pour arriver à une position médiane raisonnable, mais vos propos n’y aideront certainement pas.

Nous sommes la génération de la réparation

Nous vivons dans un monde qui ne ressemble pas au vôtre. Nous avons perdu la légèreté, l’insouciance, pour plonger dans un cauchemar où, comme vous le précisez justement, chaque jour apporte sa nouvelle annonce d’une catastrophe sanitaire et environnementale à venir. Alors nous n’avons pas le choix. Vous avez été la génération de la conquête, nous sommes la génération de la réparation. Vous avez créé, nous devrons détruire… et réinventer.

Car l’écologie n’est pas ce triste enfer gris que vous décrivez. C’est notre réponse, notre combat à nous, femmes du XXIe siècle, pour tenter d’offrir à nos enfants un monde vivable. Et si certaines d’entre nous renoncent à travailler, ce n’est pas à cause de l’écologie, c’est leur choix, tout simplement. Ce n’est pas le mien. Des femmes déçues par le monde du travail qui s’abîment dans la maternité ? Il y en a… autant que de femmes déçues par leur maternité et qui se jette à corps perdu dans le travail. Comme de nombreuses autres femmes, j’ai pour ma part choisi de consacrer une année ou deux de ma vie pour donner à mon fils mon amour, mon temps, un cadre de vie moins pollué et des aliments sains. Bientôt je vais reprendre ma vie de femme active en ayant la sensation d’avoir apporté ma pierre à l’édification d’une société différente.

Et non, je ne veux pas « tuer ma mère » qui avait arrêté de travailler pour nous élever, je veux faire mieux qu’elle : m’occuper de mon enfant ET me réaliser au travail. Je veux les deux et je pense qu’une société moderne doit pouvoir m’offrir cela.

Aidez-nous à construire le XXIe siècle

Vous vous trompez de combat. L’écologie n’est pas plus l’ennemie de la femme que la voie d’un retour au Paradis terrestre. Vous devez comprendre que le combat environnemental n’est qu’une partie de la vision globale d’une société où la femme a toute sa place (mère et femme). Il n’y a pas de « morale écologique » qui condamne des « petites choses » ! Il y a une planète polluée sur 100 % de sa surface et sur laquelle les femmes comme les hommes ne pourront bientôt plus vivre. Il y a de nouveaux combattants, femmes et hommes, des militants de leur époque qui voient dans leur lutte une suite logique à celle des féministes de la première heure et non un antagonisme aussi violent. Mais cette lutte est vaine si elle est isolée. Ne nous jugez pas du haut de votre XXe siècle, aidez-nous à construire le XXIe siècle. »

Ecrit par : Céline Scavennec | 25/11/2008

Ecologie et féminisme : la PREUVE que ce n’est pas incompatible, mais au contraire indissolublement lié !

jeudi, novembre 27th, 2008

Comme quoi, si Isabelle Saporta n’est pas l’avenir du journalisme, le féminisme semble celui de l’écologie…

Annonce tirée du site : http://planeteco.blogs.lavoixdunord.fr/archive/2008/11/23/ecologie-et-feminisme-a-lille.html

Il est recommandé d’assister à la journée proposée conjointement par les associations Chiche! et Rêvolutives le samedi 6 décembre au Foyer des jeunes travailleurs de Lille sur le thème Qui compte ? « La religion de la croissance et du PIB nous a habitué-e-s à ignorer des pans entiers de l’activité humaine. Les conséquences en ont été la dévalorisation du travail domestique, presque exclusivement féminin et jamais comptabilisé dans les statistiques économiques, mais aussi la non prise en compte de la valeur de notre patrimoine naturel.

Écologie et féminisme se rejoignent ainsi pour mettre en lumière les fonctionnements les plus aberrants de notre société, et lui faire des propositions révolutionnaires.

Sylvia Di Luzio, chargée d’études en rapports sociaux de genre, brossera le tableau de l’histoire commune des mouvements écologistes et féministes depuis les années 1970.

Sandrine Rousseau, économiste à Lille 1 et coordinatrice du dossier « Ecologie et féminisme » de la revue EcoRev’, interrogera le modèle de l’égalité hommes/femmes au regard de ses conséquences écologiques.

A l’heure où se dessine une critique généralisée du PIB (indicateurs de développement humain, commission Stiglitz, etc.), l’écologie politique prend part au débat. Tout évaluer, pourquoi ? et dans quels intérêts ? Evaluation démocratique ou technicienne ? Les chiffres peuvent-ils vraiment nous mener vers un autre rapport à l’humain et à son environnement ?

Aude Vidal, membre de Rêvolutives, rendra compte du rapport Viveret et de sa réception.

Luke Haywood, doctorant en économie, fera état des débats actuels autour de la question de l’évaluation.

Programme de la journée : 10h-12h – « L’évaluation en question »

A midi, buffet à prix libre. 15h-17h – « Ecologie et féminisme »

La rencontre est ouverte à tous-tes et se déroulera le samedi 6 décembre au Foyer des Jeunes Travailleurs, 17 rue Thumesnil à Lille (lieu sous réserve).

Pour préparer cette journée, projection du film Who’s counting ? Sexe, mensonges et mondialisation de Terre Nash (Canada, 1995). Dans ce film, Marilyn Waring démystifie avec ironie et intelligence, à l’aide d’exemples très concrets, le langage économique pour faire émerger une autre vision de l’économie – une vision qui peut changer notre façon de vivre sur cette planète. La projection aura lieu le vendredi 5 décembre à 20h30 au cinéma L’Univers, 16 rue Danton à Lille.« 

Pourquoi je n’achèterai plus Marianne

mercredi, novembre 26th, 2008

Parce qu’on y publie de la m… en barre, qui non seulement me donne l’impression, légèrement désagréable, d’être insultée, mais qui, d’un point de vue strictement journalistique, est une hérésie absolue. Je ne veux pas faire de pub à ce canard et surtout pas à la pseudo journaliste auteure d’un « papier polémique » intitulé « Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison ». Vous pouvez avoir accès à ce procès à charge contre les mamans nature et le maternage à partir des liens suivants :

http://www.hiboox.fr/go/images/bebe/mrianne-605-p76-77,b94e0eb59932d3112707ebbc84f9cfaa.jpg.html
http://www.hiboox.fr/go/images/bebe/marianne-605-p78-79,2c54c2f37660396dd0c29d8958504396.jpg.html
http://www.hiboox.fr/go/images/bebe/marianne-605-p80-81,bdf3a29020c826b69f0c931498ab012f.jpg.html

Les forums « maternage », ainsi d’ailleurs que le site du mag, croûlent sous les commentaire indignés des mamans. Un groupe s’est même formé sur Facebook (auquel je me suis empressée d’adhérer), sur le thème : « Oui, je suis une femme des cavernes et j’assume ! » : http://www.facebook.com/home.php#/group.php?gid=38047582218&ref=mf

Catherine, qui se sent insultée :

– en tant que maman (notamment allaitante au long cours)

– en tant que journaliste

– en tant qu’écrivain de nouvelles sur les femmes et la maternité.

Une nouvelle que j’ai écrite il y a un an ou deux déjà et qui, bizarrement, était précurseure à 100% de cette « polémique » :

Générations Révolution

Franchement, des fois, il y a des claques qui se perdent.

Ma satanée fille a choisi le 8 mars, Journée Internationale de la Femme, pour donner le coup de grâce à sa pauvre féministe de mère.

– Je veux que tu sois la première à le savoir, m’a annoncé Natasha d’un ton guilleret en déboulant au restaurant où, comme tous les ans à cette date (marquée d’un soleil sur mon agenda), je l’avais invitée à déjeuner en tête-à-tête. C’est décidé, je plaque mon job pour élever les enfants. C’est fou comme je me sens plus légère !

J’ai cru encaisser un uppercut en pleine poitrine. Main tremblante, j’ai vidé mon gin tonic d’un trait avant de parvenir à articuler :

– Tu plaisantes, j’espère ? Après tes six ans d’études ! Et alors que ta carrière est à peine sur les rails!

– Oui, justement, et je n’ai pas envie de gâcher mon existence au boulot. La vie ne se réduit pas à l’entreprise, tu sais ! J’ai envie de me consacrer pleinement à ma famille. D’ailleurs, vu le gouffre de fric qui partait dans la garde de Camille et Mathieu, autant m’arrêter carrément, c’est plus simple. Et puis, je compte bien me laisser aussi du temps pour moi, pour reprendre la danse africaine et surtout m’investir dans la vie associative !

J’ai allumé une Winston et, après deux longues bouffées, je suis enfin parvenue à reprendre un peu mes esprits.

– Ecoute, si ce n’est qu’une question d’argent, je peux t’aider, tu sais…

Elle a éclaté de son rire cristallin, en agitant ses longs cheveux blonds.

– C’est sympa, maman, mais là n’est pas la question. Jean-François gagne suffisamment bien sa vie pour nous mettre tous à l’abri du besoin. D’ailleurs, autre bonne nouvelle : il va bientôt avoir une autre promo (ben voyons). Par contre (elle s’est penchée vers moi en louchant sur ma clope, sa délicieuse bouche charnue froncée sur une moue désapprobatrice), je te l’ai déjà dit, tu devrais arrêter d’urgence cette cochonnerie.

Je me suis fait un plaisir de lui souffler un nuage de fumée en plein dans son minois de petite fille trop gatée.

– Eh oui ma belle, tu as raison. Mais on mourra tous de quelque chose. Si j’ai envie de me cramer les poumons à petit feu, personne, même pas toi, ne pourra m’en empêcher. Je crèverai, oui, mais libre ! De cette liberté que ma génération a arraché aux hommes, et qu’aujourd’hui tu foules aux pieds avec tant d’ingratitude et de légèreté.

Derrière moi, soixante ans de lutte contre un repoussoir absolu : la femme au foyer. L’épouse dévouée ne vivant qu’au travers de son petit mari, de sa progéniture et de son intérieur briqué à fond. La spécialiste des gâteaux maison et du repassage nickel, des chemises à rayures de Monsieur aux slips et chaussettes du petit dernier. Un univers parallèle, le Tiers-monde intellectuel. Je n’ai jamais envisagé mon épanouissement en-dehors d’une vie professionnelle et sociale intense. Dans ma tête, ma seule chance d’y arriver était de concurrencer les hommes sur leur propre terrain : celui de l’argent, du pouvoir et de l’investissement forcené dans le travail.

-J’ai envie de voir mes enfants grandir, a t-elle repris, la voix soudain enrouée. J’ai trop les boules quand je me dis que, pour les deux, j’ai raté leurs premiers pas, leurs premiers mots. Mais ça, je suppose que ça ne te fait ni chaud ni froid, n’est-ce pas, Maman ?

J’ai piqué un fard sous l’accusation, moitié de colère, moitié par gène. C’est vrai que je n’ai pas toujours été là pour mes deux gosses, pas souvent même, pour être honnête. Je rentrais fréquemment à des heures que les hommes eux-mêmes considéreraient comme outrageusement tardives. Je faisais si rarement les sorties d’école que, pour venir assister à mon premier et quasi unique spectacle de fin d’année, je me suis égarée comme une bleue, à deux pâtés de maison de chez moi. Mes enfants ont été ce qu’on appelle des « enfants à clé », gardés, parfois bercés, par l’écran de télévision.

Maladroitement, j’ai tenté de me défendre.

– Ton frère et toi, vous n’avez pas été malheureux pour autant. Vous vous êtes gavés en toute impunité de L’Ile aux enfants, de Candy et d’Albator. Et puis, au moins, j’avais des choses à raconter le soir. Tu lui diras quoi, à Jean-François, quand il rentrera ? Que Mathieu a rendu son quatre heures et que Camille a des boutons sur les fesses ?

Cette fois, elle était en rogne. D’habitude, je la trouvais adorable lorsqu’elle s’énerve. Mais là, je bouillais moi aussi comme du lait sur le feu.

– Je ne te ferai pas l’affront, chère maman, a t-elle sifflé, de te rappeler que très souvent, nous dormions déjà à ton retour. Et je suis désolée de te rappeler que papa s’est barré avec sa secrétaire six ans après votre mariage. Faut croire qu’il trouvait qu’elle avait des choses plus intéressantes à lui raconter que tes belles discussions de superwoman abonnée à Télérama.

J’ai encaissé le coup en silence. Certes c’est de l’histoire ancienne. N’empêche que ça me brûle toujours au fer rouge à chaque fois que je me remémore l’affront que m’a causé cette blondasse débilitante, juchée sur jupes archiminis et talons supermaxis.Le look, tiens.

Attaquer Natasha sur son look, vite. J’ai botté en touche.

– Je suppose que c’est la dernière fois que je te vois pomponnée et maquillée ? Pour ce que tu vas faire de ta vie désormais, tes tailleurs de marque ne te seront plus d’aucune utilité…

– Rassure toi maman, ce n’est pas parce que je serai à la maison que je vais traîner toute la journée en jogging informe. Quoique je trouve cette remarque un peu fort de café : toi qui m’as toujours reproché de trop faire attention à mon apparence. Qui m’as interdit maquillage, décolletés et même jupes jusqu’à l’aube de ma majorité. Toi qui ne redoutais qu’une chose : que je ressemble à une Barbie !

Je la regardai, si belle, si incroyablement femme. Une vraie baby doll. Dans mon coeur de mère, la fierté le disputait à l’amertume.

– Oui, je le reconnais, j’avais la hantise que tes attributs de fille ne se retournent contre toi, avouai-je en rallumant une Winston. Ou à l’inverse, comble de l’humiliation, qu’ils semblent avoir été à la source de ta réussite. Je n’aurais pas supporté qu’on dise de ma fille qu’elle a couché pour arriver.

Elle a levé les yeux au ciel, commandé un jus de tomate « avec beaucoup de sel de céleri» et s’est éclipsée aux toilettes. Me laissant seule avec mes souvenirs de guerre.

Pour nous sortir de notre aliénation millénaire, il nous fallait à tout prix faire oublier ce que nous étions : des femmes. Pour, enfin, porter la culotte, on a brûlé nos soutiens-gorge en place de Grève, jeté nos rouleaux à pâtisserie au vide-ordure. Arraché nos bas et nos jarretières pour les remplacer par des collants en nylon, autrement moins sexy mais tellement plus pratiques. Cigarettes et alcool à gogo, langage cru, la brutalité des hommes était passée dans nos moeurs.Quant à avouer que nous étions des mères, il en était encore moins question. Je me revoie encore, trois semaines après ta naissance, ma fille, sanglotant dans les toilettes du bureau, devant la photo de mon bébé tout neuf. Chasse d’eau tirée et retirée, pour couvrir tout bruit compromettant. Une réunion vendredi à dix-neuf heures ? Toujours prête !.

Et voici que, totalement décomplexée, elle assumait au grand jour les deux facettes de sa féminité : femme, tendance épouse accomplie, et mère, tendance louve. Avec en prime, comme celle de Rome, un moutard pendu à chaque mamelle.C’est que, non contente de refuser de laisser à qui que ce soit d’autre le soin de les éduquer, elle les allaite ! Des mois, des années durant ! Figurez-vous que le petit Mathieu, qui a quand même treize mois, le coco, tête encore matin et soir ! Cette lubie-là, je ne l’ai jamais comprise. Quarante ans après les premiers hippies (dont je me suis assez vite détachée : la vie dans un ashram, en communauté avec dix mecs et quinze chèvres, très peu pour moi, merci), voilà que sa génération retombe un peu dans le même délire du « Haro sur l’industriel ». Pas de petits pots, c’est plein de pesticides. Plus de boeuf, la vache a pété un plomb. Plus de poulet, au cas où il aurait la crête qui coule. Plus de veau, les hormones, non merci. A propos d’hormones, elle s’est mise à rejeter jusqu’à cette bonne vieille pilule pour laquelle ma génération s’est saignée aux quatre veines. « Tu sais, maman, on commence! à soupçonner la nocivité des effets à long terme des oestrogènes dans notre organisme. Tu serais d’ailleurs bien avisée d’arrêter cette saloperie de traitement substitutif pour la ménopause. A propos, à quand remonte ton dernier dépistage du cancer du sein ? ». Non, mais quel culot ! Et de me bassiner avec les contraceptifs « naturels » : diaphragme, contraceptifs féminins… Voire abstinence. Un peu plus, et c’est le retour à la bonne vieille méthode Ogino ! Merci pour le cours d’éducation sexuelle, ma fille. Il aurait cartonné dans les années trente…

Dans cette ambiance de fin de siècle, le millénaire commence bien mal. Du temps du Larzac, au moins, le ciel ne risquait pas de nous tomber sur la tête. A la rigueur, un tir de lacrymo lancé par un CRS dans une manif. On savait rigoler, à l’époque ! On était jeunes, on avait la beauté du diable. On allait prendre le pouvoir, changer le monde ! On a baisé comme des malades sans avoir à nous demander si nous serions encore là dans dix ans. On a fait des enfants « si je veux, quand je veux ». On voulait bosser, on a bossé. Ah, pour ça oui, on a été servies! Lorsque, vidées et culpabilisées, nous rentrions enfin à la maison, c’était pour nous plonger dans les joies de la double journée de travail. Ménage, soins aux enfants, préparation des repas : allez, zou, aux fourneaux, la féministe ! Dont le salaire, au demeurant, demeurait – et demeure toujours – nettement inférieur à celui de son mari. Le système nous a bien eues au tournant.

Elle est revenue, nimbée de sa jeunesse éclatante de promesses.

– Quoi, Maman, tu pleures ? Crois-moi, ça ne vaut pas la peine que tu te mettes dans des états pareils. Tout va bien!

Tant de sueur versée, tant d’espoirs pour l’égalité… Durant toutes ces années, nous étions-nous battues contre des moulins à vent ?

– Après tout, tu as peut-être raison, va, ai-je soupiré. Tu ne reproduiras pas les mêmes erreurs que moi, c’est déjà ça.

Elle a posé sa main sur la mienne. J’ai senti sa chaleur se répandre comme une coulée de miel dans mes veines.

– Ne crois pas que je déserte le champ de bataille, maman, m’a t-elle dit d’une voix dont la douceur contrastait avec l’éclat de son regard. Le MLF que tu as connu est mort, mais la lutte continue, sur d’autres terrains. Il y a encore tant de combats à mener ! Tu ne m’en as pas laissé le temps tout-à-l’heure, mais je suis aussi venue t’annoncer que j’ai adhéré à Ni Putes, ni Soumises. Les filles issues de l’immigration ont bien plus besoin de moi que l’économie française : mariages forcés, excisions, tournantes… Je vais m’investir pour tenter améliorer la vie des femmes dans les banlieues ! Tu as bien bossé, fais-moi confiance pour reprendre le flambeau à présent.

Sous les pavés, il y avait bien la plage, finalement. Eblouie, je la découvre plus révolutionnaire que moi. Ma fille, ma fierté, mon soleil. Aujourd’hui comme hier, No Pasaran !